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(Titre original : Darwin's Nightmare) Documentaire France / Autriche / Belgique - 2003 |
Un film ambivalent, à la fois questionnement sur ce
que doit être un documentaire, et pamphlet anti-mondialisation.
Pour le documentaire anti-mondialisation clair et objectif, on
avait déjà des choses comme Life And Debt de Stephanie
Black, démontage précis et structuré des
mécanismes du FMI ; Sauper s'attaque à un problème
assez comparable, la façon dont l'introduction d'un grand
poisson prédateur dans le lac Victoria a détruit
son écosystème, mais créé (pour combien
de temps ? puisque laissé à lui-même dans
un milieu où il n'a plus ses prédateurs traditionnels,
ce poisson détruit son propre environnement) une industrie
apparemment rentable...
Le portrait qu'il fait des conditions de vie de la population
locale, enfants abandonnés sniffant la colle locale (extraite
d'emballages pour poissons...), pêcheurs vendant à
l'usine locale le produit de leur travail mais subsistant de têtes
de poisson, femmes prostituées... est sans appel. Il interviewe
quelques personnages-clés, comme l'une des prostituées
locales, comme le gardien d'un mystérieux institut d'études
scientifiques (qui a d'ailleurs une présence à l'écran
stupéfiante en archer démoniaque uniquement filmé
de profil et de nuit), ou les pilotes russes des avions-cargos
; et ne prive pas de souligner les aspects les plus surréalistes
et horribles du système, comme ces avions qui emportent
le poisson dans un sens et apportent de l'aide humanitaire dans
l'autre.
Pourtant je n'ai pas pu m'empêcher de me sentir mal à
l'aise : certains plans trop faciles, trop manipulateurs (comme
sur les asticots, ou ceux sur le malaise du directeur d'usine),
comme certaines choses qui n'avaient peut-être pas leur
place (les amies de la prostitué regardant après
l'assassinat de celle-ci les images tournées par Sauper
et sur lesquelles elle apparaît), l'obstination de ce réalisateur
à trouver du trafic d'armes (qui semble réel mais
mineur et plus une conséquence qu'une origine du problème).
Surtout, il reste de multiples zones d'ombre, parfois attribuables
à un manque de construction (il aurait suffi d'un carton
pour expliquer aux non-chimistes que la décomposition du
poisson produit de l'ammoniaque...) mais le plus souvent volontaires
: que devient l'argent généré par la vente
des poissons ? En toute logique (capitaliste) il devrait finir
par créer de la richesse sur place - mais on ne voit pas
de Tanzaniens enrichis, et à l'inverse, pas non plus comment
les capitaux repartent en Occident...
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